On acheve bien les chevaux
de :
D’après le roman They Shoot Horses, Don’t They ? de Horace McCOY
Adaptation, mise en scène et chorégraphie : Bruno BOUCHE, Clément HERVIEU-LEGER, Daniel SAN PEDRO
Assistant mise en scène et dramaturgie : Aurélien HAMARD-PADIS
Scénographie : Aurélie MAESTRE, Bogna G. JAROSLAWSKI
Costumes : Caroline DE VIVAISE
Lumières : Alban SAUVE
Son Nicolas LESPAGNOL-RIZZI
Mise en répétition Claude AGRAFEIL, Adrien BOISSONNET
Coach vocal : Ana Karina ROSSI
Avec :
Claude AGRAFEIL, Louis BERTHELEMY, Luca BESSE, Clémence BOUE, Vincent BRETON, Susie BUISSON, Marin DELAVAUD, Ana ENRIQUEZ, Josua HOFFALT, Alexandre PLESIS, Daniel SAN PEDRO, Marwik SCHMITT, Julia WEISS, Muriel ZUSPERREGUY
Musiciens :
Noé CODJIA, M’Hamed EL MENJRA, Maxime GEORGES, David PAYCHA
Chant : Alice PERNOA
et avec le CCN-Ballet de l’Opéra National du Rhin
Au Théâtre de la Ville – Sarah Bernhardt
Jusqu’au 5 avril 2025
La version scénique d’On achève bien les chevaux est une de ces œuvres qui ne laisse pas indifférent tant elle fascine et décontenance.
Ce positionnement vient en premier lieu de notre point de vue de spectateur qui ne sait pas trop s’il doit applaudir, s’offusquer ou se contenir face à une forme de jeu d’exhibition/voyeurisme malsain et malaisant. Ce sentiment est renforcé par le fait que le spectacle est très « taiseux » en apparence. A plus forte raison, le propos semble faible en surface mais pour peu qu’on aille gratter cette surface afin d’aller chercher en profondeur, il s’avère extrêmement foisonnant, complexe et intelligent. Il ne fallait pas moins qu’une troupe qui joue sur ces oppositions, sur ces paradoxes. De cette manière, comédiens et danseurs ne font qu’une seule et même énergie. Les attitudes, les expressions en disent plus longs que les mots. Ils parviennent sans difficulté à nous faire ressentir le poids de leurs efforts, de leur épuisement sans jamais le nommer ou l’exprimer réellement. C’est là un des coups de génie de ce spectacle hybride : mi-ballet mi-théâtre. On ressent l’oppression des protagonistes dans notre rôle de spectateur coupable.
En effet, on assiste à la fois impuissant et complice à l’emprisonnement des personnages dans un carrousel sans barrière dont ils refusent de sortir. Ils sont prêts à tout pour vivre mais aussi pour exister. La façon dont les différents couples sont présentés nous permet également de nous attacher à eux tandis qu’ils ne sont que des numéros parmi d’autres.
On achève bien les chevaux, c’est aussi une analyse fine de notre monde tel qu’il existe depuis des siècles. Ici, la période de la grande dépression vécue aux Etats-Unis s’empare d’un précepte antique « Du pain et des jeux » et ses arènes de gladiateurs chez les romains ou le pilori, les éxecutions publiques durant le moyen-âge et la renaissance On achève bien les chevaux est précurseur d’une autre œuvre d’un futur d’anticipation devenue réalité sur notre territoire avec un certain Loft Story : 1984 de Georges ORWELL. On constate que quelle que soit l’époque, la façon de faire change mais pas le principe.
Au-delà du propos magnifiquement porté, on se réjouit d’une playlist éclectique qui reprend des tubes de toutes époques revisitée à la sauce Jazz Band. Un jazz band qui joue en live pour notre plus grand bonheur. On retiendra, entre autres, une partition de Around the world des Daft Punk anthologique. Il est, en plus, sublimement chorégraphié dans un esprit qui se détache du clip du duo mais pas tant que ça. Notons d’ailleurs, une troupe de danseurs qui donne une performance atypique et dont l’exécution ne doit pas être aisée tant elle s’organise dans un chaos millimétré. Quiconque aime la danse comme une forme d’expression unique et dramatique et non comme la présentation éculée et racoleuse qu’en font certaines émissions de télévision, ne pourra que se réjouir.
Un autre des moments de grâce auquel on assiste est Somewhere over the rainbow qui, une fois de plus, en dit énormément en peu de mouvements mais qui fait sens et nous plonge dans une sorte de béatitude.
On achève bien les chevaux se pose comme une analyse sociétale profondément psychologique qui divise. Il y a ceux qui s’enthousiasment devant un tel spectacle et ceux qui ne le comprennent pas, peut-être parce qu’ils ne cherchent pas à voir au-delà de l’apparence et du verbe et attendent d’être pris par la main et quittent finalement la salle circonspects. C’est souvent le cas avec les génies, ils font parler parce qu’incompris.
Voyez au-delà de ce qui est montré et laissez-vous, ainsi, aller vers un moment vertigineux.
L’histoire
Il y a un siècle, les marathons de danses connurent un succès considérable. De ces concours qui duraient des semaines, Horace McCoy nous a laissé un témoignage bouleversant, avec son célèbre roman On achève bien les chevaux, adapté au cinéma par Sydney Pollack. L’adaptation du Ballet de l’OnR et de la Compagnie des Petits Champs entremêle les époques de la Grande Dépression et de la crise actuelle, en suivant l’aventure tragique de Gloria et Robert, où danseurs et acteurs jouent et dansent comme au bord d’un volcan. Fort du succès de sa création des Ailes du désir librement adaptée du film de Wim Wenders, Bruno Bouché construit le répertoire d’un ballet du XXIe siècle, défrichant de nouveaux territoires dramatiques. Avec Clément Hervieu-Léger et Daniel San Pedro, il revisite ici la danse-théâtre, dans une forme inédite qui interroge avec sagacité la position du spectateur. Thomas HAHN
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