Tragédie

Tragédie

De : Ilonah FAGOTIN, Iris LAURENT, Clément PIEDNOEL DUVAL, Jean Serge SALLH diplômés du Studio 7 de l’École du Nord accompagnés par Éva DOUMBIA

Mise en scène : David BOBEE et Eric LACASCADE

Scénographie : David BOBEE et Léa JEZEQUEL

Lumière : Stéphane BABI AUBERT

Vidéo : Wojtek DOROSZUK

Musique : Jean-Noël FRANCOISE

Costumes : Mayuko BOBEE et Angélique LEGRAND

Décor : Atelier du Théâtre du Nord

Avec :
Yassim AIT ABDELMALEK, Félix BACK, Poline BARANOVA KIEJMAN, Jessim BELFAR, Clément BIGOT, Sam CHEMOUL, Fantine GELU, Ambre GERMAIN-CARTRON, Ilana MICOUIN-ONNIS, Marie MOLY, Miya PECHILLON, Charles TUYIZERE diplômés du Studio 7 de l’École du Nord et Sonia BONNY, Hao YANG WU

A La Grande Halle de la Villette

Jusqu’au 6 avril 2025

Depuis quand les spectacles de sortie d’école sont si riches, si intenses, si bien écrits, si bien joués ? Ok, ils sont chaperonnés par David BOBEE mais quand même ! Treize comédiens -le chiffre symbole de la rupture n’est pas anodin- se retrouvent sur la scène d’une tragédie dont on assiste incrédule et bousculés à la fois. Chacun des treize ira de son constat criant de vérité avec une éloquence qui nous cloue au mur. Une vérité qu’on prend en pleine gueule pour en renforcer sa volonté à devenir salvatrice. Cette prose élève et soulève la conscience. Sur fond de théologie empruntée aux religions polythéistes et monothéistes, Tragédie aborde la thèse défendue par Schopenhauer : La satisfaction de nos désirs est insuffisante au bonheur ; par conséquent, la condition de l’homme est inévitablement malheureuse. Par-là, le spectateur se retrouve interpellé, interrogé, interloqué quant à son humanité. L’humanité y est d’abord abordée de plusieurs façons, ses accomplissements et ses répercussions, ses qualités, ses défauts. Le terme humanité prend plusieurs sens, le sens physique, scientifique, métaphysique à l’instar du texte à l’écriture ciselée et dont les sous-textes, les doubles sens, les non-dits, les croisements, les boucles, les interprétations sont si multiples qu’il en devient ni plus ni moins génial. Pas moralisateur pour autant, au contraire, les répliques et autres monologues appellent à la réflexion. Et si certaines s’en offusqueront, c’est que la vérité blesse. On n’a pas été confronté à un tel génie d’écriture depuis longtemps. On notera la scène mémorable parmi tant d’autres « Nous n’étions pas là » : déchirant, vindicatif, habile. Aussi le fait que ce soit quatre étudiants qui en sont les auteurs est encore plus louable. Idem pour les comédiens ! Certains artistes à la notoriété bien accomplie devraient en prendre de la graine et il y a fort à parier que ces jeunes continueront à faire parler d’eux et même, osons le dire à dépasser le maître en volant « de leur propres ailes. » Oui, David BOBEE, ils sont bien tes petits !!! Un élève peut-il donner une master class ? Ça ne fait pas l’ombre d’un doute, c’est ce qu’ils font avec Tragédie.

Pour habiller ce texte d’une puissance rare, la scénographie surfe sur la même tendance, une lecture démultipliée sur cette carlingue éventrée et ce qu’elle représente. On est invité à ne pas devenir l’avion, à ne pas tomber, à ne pas perdre la connaissance (le feu de Prométhée) mais à se réveiller pour s’élever et défier la gravité. Celle de notre état psychologique et non celle de Newton. Notons aussi que le mot crash n’est jamais employé, il est remplacé par « tomber ». Quand on tombe, on peut se relever. Et quel meilleur moyen pour nous relever que la culture, le théâtre. Il est la mémoire. Quoi de mieux qu’une tragédie qui emprunte des références grecques comme pour nous ramener aux origines du théâtre, aux origines de notre élévation philosophie, culturelle et politique ? Voilà comment une « simple » carcasse d’avion raconte tant adjointe au texte. Ajointe également à une musique qui appuie encore le propos. Musique et ambiance sonore ajoutent encore du poids sans mesure. Ces deux éléments évoluent comme nous entre espoir et oppression de la perte de contrôle d’un monde qu’on veut soumis à notre volonté. Pas étonnant que les écrits où l’homme a défié les dieux soient cités ça et là avant d’arriver au livre des Révélations avec cet avion aux allures de Tartare. Lumières et effets spéciaux parachèvent le paysage apocalyptique au rendu presque du ressort d’un bas-relief prophétique.

On rit, on pleure, on prend conscience du poids qui pèse sur nos épaules. Au point que le spectacle s’en trouve chargé de différentes façons. On est disloqués et conquis. Les survivants déclarent : « Un spectacle à la charge stupéfiante. »

Crédit Photo : Arnaud BERTEREAU

L’histoire

Écrite et interprétée par les élèves du Studio 7 de l’École du Nord, Tragédie dresse le portrait d’une génération qui a tout à réparer et à réinventer. Un kaléidoscope de regards, d’expériences et de voix, sur les ruines de notre monde-catastrophe.

De la carlingue fumante d’un avion abîmé au sol, s’extirpent seize jeunes comédiennes et comédiens qui, entre 2021 et 2024, ont fait leurs classes à l’École du Nord, l’École supérieure d’art dramatique de Lille dont David Bobée est le directeur. Porté par le souffle épique de cette scénographie, leur récit n’est pas celui d’une catastrophe aérienne mais l’examen de leur place au sein de ce monde reçu en héritage. Tragédie est le spectacle de fin de cursus imaginé avec quatre de leurs camarades, qui en ont composé le texte fragmentaire, travaillé collectivement au plateau. Pour les metteurs en scène David Bobée et Éric Lacascade, c’est un passage de flambeau, eux dont les débuts respectifs ont précisément été marqués par l’écriture au plateau. Les temps et les imaginaires ont changé et la pièce donne à entendre la parole d’une nouvelle génération, ses singularités, son regard sur le monde et la façon dont elle l’habite et le change, avec joie et inventivité.

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Aurélien

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